PETITE HISTOIRE DE L'AUTOBIOGRAPHIE
EN BANDE DESSINEE
La tendance autobiographique dans l'univers de la bande dessinée s'amorce à peu près au même moment que la mutation de l'auto-mise en scène en autobiographique pour l'art. Elle est quasiment totalement absente autrement qu'épisodiquement (par exemple chez Will Eisner) jusqu'aux années soixante où des auteurs du magazine Pilote (Gotlib, Alexis, etc.) se représentent dans leurs bandes, de manière ironique, construisant un personnage, généralement comique, plutôt qu'esquissant une tentative d'authenticité, dans de purs effets de style ou des auto-fictions.
NAISSANCE DE LA BANDE DESSINEE AUTOBIOGRAPHIQUE UNDERGROUND
1972 aux Etats Unis est une année décisive avec la parution de trois histoires par des dessinateurs underground : Robert Crumb (The Confessions of Robert Crumb, début d'une longue série), Justin Green (Binky Brown, qui restera sans suite) et Art Spiegelman (" Prisoner on Hell Planet ", violente attaque contre sa mère, qu'il intègrera à Maus). Dès l'origine, l'autobiographie américaine met en scène une sorte de confession, insiste sur la culpabilité, le puritanisme, la mauvaise conscience, genre qu'elle n'abandonnera jamais. Wallace Wood ou Flo Steiner racontent, développent et exposent leurs fantasmes, leur rapport à la drogue, leurs engagements politiques, mais aussi inaugurent des reportages intimes, appelés à une vaste postérité.
MAUS, LE DECLENCHEUR
Art Spiegelman: Mauss, 1987Le succès public et critique au milieu des années 80 de Maus, d'Art Spiegelman, mêlant une autobiographie critique de sa névrose et les souvenirs racontés par son père, survivant de l'Holocauste va ouvrir un nouveau champ de recherche aux auteurs, développant à sa suite l'introspection sous toutes ses formes. Will Eisner produit dans les années quatre-vingt avec Voyage au cœur la tempête une autobiographie teintée de roman familial. On trouve à cette époque quelques autobiographies isolées sans que ce genre émerge véritablement : Lat : Kampung Boy (Malaisie), Eddie Campbell (Angleterre), Keiji Nakazawa : Gen d'Hiroshima (Japon), Sylvie Rancourt : Melody (Québec). Juan Gimenez avec Paracuellos, Barrio et Les professionnels, évoque sa jeunesse sous le franquisme, pourtant paru dès 1980, aura peu d'impact dans le milieu, ne déclenchant de vocation autobiographique que chez Binet : L'institution. Baudoin dès Passe le temps (1982) instaure une pratique biographique longtemps confidentielle. Quelques essais d'autobiographies romancées, masquées traversent furtivement la décennie : Jan Bucquoy & Mac Hernu : Jean-Pierre Leureux ; Cabanes : Colin-Maillard, Wolinski, etc.